
Si certains n’ont qu’un enfant par défaut, d’autres font volontairement le choix d’un enfant unique, et ce, au grand dam des psys et de l’entourage, tant les idées reçues foisonnent. Pourtant, on peut être unique sans être seul !
Dès que l’on s’écarte de la moyenne, on suscite des interrogations. Une famille nombreuse à une époque où la contraception facilite le contrôle des naissances ? On ne comprend pas. Un seul enfant quand il n’y a pas de raison physiologique à s’arrêter là ? On ne comprend pas mieux. Le cliché de la famille nucléaire a la peau dure : une famille, c’est deux parents, deux enfants et demi, et un chien !
Un vent de changement sur la démographie
Pourtant, cette fameuse famille nucléaire a été plutôt malmenée ces dernières décennies : divorces, familles recomposées ou parents solos ne surprennent plus personne. Et, avec la diminution de la taille des ménages, le nombre d’enfants par couple est en voie de changement lui aussi : 2,2 en 1968 contre 1,8 en 2005¹. Forcément, les familles avec un seul enfant sont en augmentation. Alors, si c’est si courant, pourquoi s’intriguer d’un tel choix ? Il faut croire que la réalité n’est pas encore passée dans l’imaginaire collectif.
Choix ou contrainte
Un enfant, deux enfants, plus… ce ne sont pas toujours les désirs des parents qui président. Même si la procréation médicalement assistée permet à beaucoup de résoudre des difficultés de fertilité, d’autres ne seront jamais parents ou ne pourront pas l’être à nouveau. Pour des raisons de santé, à cause d’une séparation ou pour d’autres motifs, certains doivent se résoudre à ne pas faire « le petit deuxième ». Mais il arrive également que cela soit un vrai choix, après mûre réflexion.
Les temps sont durs
Une motivation courante concerne les finances. Bien sûr, les choix de vie déterminent en partie si l’on peut se permettre ou pas d’élever un autre enfant, selon les besoins propres à chaque famille. Néanmoins, on peut comprendre l’inquiétude de certains à l’idée que les dépenses augmenteront sans que les revenus ne suivent. Avec un avenir plus incertain que jamais en vue pour la jeune génération, on peut souhaiter donner un maximum de chances à un enfant unique.
C’est l’une des raisons dont fait part Lena H. : « Les temps sont durs, le travail ne tombe pas du ciel, les études sont de plus en plus longues. Nous travaillons tous les deux et faisons attention à notre budget. Nous préférons rester avec un enfant afin d’être sûrs de toujours pouvoir vivre avec un niveau de vie correct sans se sentir privés de tout… Alors d’accord, c’est le côté matériel, mais malgré le fameux dicton "l’argent ne fait pas le bonheur", je trouve qu’il y contribue quand même. » Même raisonnement chez Cindy A., qui conclut : « Nous préférons « vivre à trois » que « survivre à quatre » ! »
Se suffire à trois
Indépendamment de toute considération matérielle, d’autres familles s’auto-suffisent avec un enfant. Après tout, ne peut-on être tout simplement des parents comblés avec le premier enfant ? Et qui dit qu’un enfant unique est malheureux ? Mathilde M., maman d’un petit garçon, ne pense pas avoir un autre enfant. Une grossesse non souhaitée à laquelle elle a mis fin lui fait penser qu’elle est fertile et que ses 39 ans ne sont pas un obstacle, mais elle n’en ressent pas le besoin. « Nous sommes heureux avec notre fils, explique-t-elle. Nous ne ressentons pas de manque à trois. Mon mari dit qu’un enfant nous nourrit énergétiquement, nous pousse en avant. Nous n’aurions peut-être pas la même énergie avec deux et y perdrions notre équilibre. »
La pression sociale
Quelle que soit la raison de n’avoir qu’un enfant, il est probable que l’entourage ne l’acceptera pas d’emblée, tant l’agrandissement de la famille semble être la suite logique. « Alors, c’est pour quand, le petit deuxième ? », claironnent les uns. « Vous lui faites bientôt un petit frère ou une petite sœur ? », insistent les autres. Quand cela n’attire pas les hypothèses diverses : « Ils doivent avoir un problème de stérilité… Ils ne s’entendent plus… Ils ne sont pas si contents que ça d’être parents ! » Il faut dire que les représentations médiatiques de la famille ne reflètent pas la diversité de la réalité ; là encore, on voit généralement deux enfants.
Léna témoigne : « La question revient souvent, mais ce qui a tendance à m’agacer, c’est la réponse "tu es jeune, tu as le temps de changer d’avis"… Ce n’est pas une question de jeunesse, nous avons longtemps pesé le pour et le contre. » Comme si ce choix ne pouvait être que temporaire. Mais, au fond, qu’est-ce qui dérange vraiment ?
Au royaume des idées reçues
Dans une société où l’on a peur de la fusion, où l’on attend toujours de l’autre (le père, mais aussi le frère ou la sœur) de venir casser cette relation très forte entre la mère et le jeune enfant, faut-il s’étonner qu’un tel choix puisse être taxé d’égoïsme ? Ce n’est pourtant pas sur des données scientifiques, qui auraient trait à des spécificités de caractère des enfants uniques, que reposent craintes et critiques. Cela n’empêche guère de nombreux psys de sonner l’alarme en prévoyant des fils qui ne sauront sortir des jupes de leur mère ou des filles incapables de couper le cordon et vivant éternellement dans l’ombre de leur génitrice. La crainte exacerbée de l’enfant-roi accentue ces idées reçues : l’enfant unique ne saura ni partager, ni supporter la compétition et sera voué à l’ennui. Égoïste et surprotégé, il manquera de cette fameuse autonomie recherchée de plus en plus tôt…
Unique, pas isolé…
Pourtant les enfants uniques ne vivent pas en reclus ! À notre époque, il est courant que les bébés découvrent très tôt la collectivité. Et si ce n’est pas le cas de tous, il reste à prouver que de vivre en famille et en société ne suffise pas à leur enseigner ce qu’ils n’auront pas appris dans leur fratrie.
Alors, l’enfant unique est-il heureux ou pas ? On peut toujours voir les deux côtés de la médaille : il est tranquille, mais peut s’ennuyer ; une fratrie peut s’amuser ensemble, mais aussi se disputer. L’image de l’enfant unique est finalement bien manichéenne : choyé, sûr de l’amour de ses parents, dispensé des disputes de fratrie ou bien incapable de s’insérer dans la société, surprotégé et pas autonome, etc. Et si c’était finalement un enfant comme les autres ?
Stéphanie Boudaille-Lorin
1 – Étude INSEE de 2007 : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip…
Un seul enfant, pour plus de cohérence…
Bruno L.F. et son épouse ont choisi de ne pas faire de petit frère ou de petite sœur à leur fille de 10 ans. Leur décision tient à leur mode de vie, plutôt axé sur la simplicité volontaire. « Je m’étonne de voir des familles nombreuses alors que l’on vit dans un monde fini, avec des ressources limitées, explique-t-il. Quel monde va-t-on offrir à nos enfants ? » S’il admet que les renoncements ne sont pas toujours faciles, Bruno ne connaît aucun regret sur ce point tant il ressent la nécessité d’être cohérent : « Il me paraît difficilement concevable de prôner certains aspects de la décroissance et un respect de l’environnement tout en contribuant à accélérer sa dégradation puisque plus on est nombreux, plus les ressources diminuent. »














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