VegMag - magazine sur le végétarisme, les animaux, l’écologie, l’humanitaire et la santé
Paris Vegan Day
Accueil >  Actus >  interview de Dominique Mauer, propriétaire du refuge Le Domaine des Douages

Actus

  • Agrandir la taille du texte
  • Réduire la taille du texte
  • Imprimer cet article
  • Envoyer cet article par mail
  • Commenter cet article

interview de Dominique Mauer, propriétaire du refuge Le Domaine des Douages

21 juin 2010

Du 20 au 25 juin 2010, pour tout abonnement ou réabonnement d’un an (35€) souscrit à VegMag, 5€ sont reversés au refuge « Le domaine des Douages » !

En tant qu’exploitante agricole, quel a été le déclic qui t’as décidé à épargner les moutons ?

Vous savez lorsque mon mari et moi-même nous sommes lancés dans l’élevage, c’était réaliser le rêve de nombreux citadins que nous étions. La nature, les fleurs, la vie à la compagne !! Et puis je partais la conscience tranquille puisque nous faisions des moutons inscrits au livre généalogique, qui valaient au moins le triple d’un mouton commun et n’étaient pas destinés à la boucherie.
Depuis toujours je voyais dans les près, lorsque nous parcourions les routes, des vaches ou des moutons qui semblaient avoir une vie heureuse, pleins de santé ; je me doutais bien qu’ils partaient un jour à l’abattoir mais je me disais qu’ils avaient eu une vie heureuse et je n’ignorais pas la mort de ceux-ci dans ces abattoirs mais j’étais convaincue qu’ils étaient tués dans le respect, sans souffrance…

Ma réponse aujourd’hui est bien naïve !! Je le reconnais, mais je suis certaine que de nombreuses personnes qui n’ont pas ouvert un jour « le livre de la souffrance animale » et qui n’ont pas appris ce qui se passe derrière le voile que la filière viande a mis devant eux sont au même titre que je l’ai été ; totalement ignorants de ces atrocités…

J’ai toujours été proche des animaux, récupérant ça et là des chiens et des chats abandonnés depuis aussi loin que mes souvenirs d’enfance me portent, mais j’ignorais à quel point le mal était grand envers les animaux. J’ai passé une grande partie de ma jeunesse chez mon grand père qui avait une ferme et traitait ses animaux avec respect. J’avais vu ce vieil homme, qui pourtant avait connu les deux guerres, pleurer lorsqu’une bête trop vieille devait partir et qu’il ne pouvait la garder… Voici l’image que j’avais du monde agricole, mais ce temps est bien révolu, aujourd’hui ce ne sont plus des agriculteurs mais des « entrepreneurs » qui utilisent les animaux au même titre que s’ils étaient des objets inanimés. Deux mots les hantent : rentabilité et bénéfices, il n’y a plus de place pour le moindre sentiment…

Il n’y a pas eu un déclic mais la découverte progressive et incontournable de ce qui se passait autour de moi car, en tant qu’éleveuse, de nombreuses portes se sont ouvertes à moi ; qui normalement resteraient fermées aux personnes extérieures.
J’ai passé des années à essayer de voir, d’écouter, d’en apprendre un maximum, feignant l’indifférence dans l’horreur totale, dans l’idée qu’un jour je pourrais être le témoin vivant et la voix de cette misère si proche de nous et dont nous ignorons pratiquement tout. Les domaines agricoles sont privés et personne ne pourra jamais les contrôler à moins de motifs évidents. Chacun se comporte chez lui comme il l’entend…

J’ai attendu presque dix ans avant de pouvoir réaliser mon projet de créer une association de protection d’animaux de ferme et de la faune sauvage. Aujourd’hui le projet est lancé, il ne reste qu’à le faire vivre !!

Peut-on concevoir la fin des élevages de moutons et le retour pour eux à la vie sauvages ?

Il fut un temps où tous les moutons étaient sauvages. Ils ont été domestiqués par les humains aux alentours de 10 000 ans avant J.C., dans l’Asie du Sud-ouest, lorsque les humains ont décidé d’utiliser leur laine et leur viande. À l’heure actuelle, il existe encore quatre types de moutons sauvages dans le monde.
Depuis cette époque les moutons n’ont cessés d’être sélectionnés pour avoir de plus en plus de laine sur le dos, nous ne pouvons qu’accepter l’état actuel de ces animaux fragilisés par une toison trop lourde qui n’ont plus aucun rapport avec l’animal d’origine. Aujourd’hui il serait inconcevable de rendre une vie totalement sauvage aux moutons ou aux bovins, l’homme les a beaucoup trop sortis de leur contexte premier.
On pourrait concevoir la fin des élevages de moutons ou de bovins dans la perspective où les gens ne mangeraient plus de viande par exemple, par un projet que de nombreux éleveurs commencent à entrevoir ou ont entendus parler. Sachant que la nature étant ce qu’elle est, se doit d’être broutée, et entretenue afin que celle-ci reste agréable aux yeux de tous et ne pas se transformer en véritables fouillis de ronces et des hautes herbes pourrissants sur pieds ; l’idée était de transformer les éleveurs moyennant des primes dites « d’entretien » Ils deviendraient de sortes de gardiens paysagistes qui se contenteraient de surveiller et de veiller au bien-être de leurs animaux qui n’auraient leur rentabilité qu’en faisant ce que la nature leur a donné… Brouter de l’herbe !!

Que penses-tu de la réintroduction du loup ?

Voici une question qui me fait mal lorsque j’en parle. J’aime le loup au même titre que n’importe quel animal, ce n’est que lui rendre justice que de lui donner la liberté auquel il a droit…
J’aime beaucoup le mouton également, c’est un être sensible, qui paye peut être le plus lourd tribut à l’humanité depuis la nuit des temps parmi tous… C’est un animal sans défense face à un prédateur ; il n’a pas de cornes comme un taureau car peu de races de moutons en sont parés en montagne parmi les races laitières qui y vivent. Il ne mord pas comme pourrait le faire un cheval ; ne donne pas de coups de pieds comme les chevaux et les bovins peuvent le faire. Sa seule défense la fuite… Son épaisse laine et ses mamelles pleines de lait, ne lui permettent même pas cela !!

Je regrette qu’il faille choisir de sacrifier un animal au profit d’un autre ; je regrette qu’encore une fois cet animal sera celui que l’homme condamnera à la mort… Lorsque j’entends dans des reportages par des défenseurs du loup qui disent sans ciller, nous ne comprenons pas pourquoi les éleveurs râlent car ils sont plutôt bien indemnisés ; je reste perplexe et sidérée !!
Au nom de quoi doit-on immoler un animal pour un autre ? J’aime le loup et voudrais le voir heureux, j’aime le mouton et ne voudrait pas le voir se faire déchiqueter et agoniser parfois durant des heures. Si l’on aime vraiment le monde animal, il doit certainement y avoir une solution adéquate, reste à la trouver…

Un beau souvenir à partager ?

Nous avons dans un pré quelques vieux arbres fruitiers un poirier et deux ou trois pruniers… Chaque année lorsque les fruits sont mûrs, des brebis plus malines que les autres se lèvent à l’aurore pour manger les fruits tombés durant la nuit ; quelque unes d’entre elles décident de passer leurs journées sous les arbres prêtes à savourer chaque fruit dès qu’il tombe, ce qui se fait plus ou moins régulièrement. Elles regardent la cime de l’arbre sous lequel elles se trouvent, attendant le moindre signe permettant de penser qu’un fruit est prêt à tomber. Un jour l’une d’entre elles plus goinfre que les autres avait décidé de se mettre bien en dessous du fruit repéré afin que ce ne soit pas sa voisine qui la lui vole… Elle était tellement bien en dessous regardant ce fruit convoité que cela avait attiré notre attention. Elle attendait, encore et encore !! Le fruit tombe, c’était une belle poire bien grosse, en plein sur la tête de la brebis qui alors assommée tombe à son tour !! Nous nous précipitons pour nous rendre compte qu’il y avait plus de peur que de mal, passé quelques minutes la brebis repartit en titubant. Tout en voyant la poire convoitée disparaitre avalée par sa rivale…. Entâchée dans sa dignité ; nous n’avons plus jamais retrouvé cette brebis à attendre sous un arbre fruitier. Y a-t-il une morale à cette histoire ? Certainement mais laquelle ?

L’hiver 2009 a été rude pour toi. Comment appréhendes-tu celui de 2010 ?

Effectivement l’hiver 2009 a été très rude ; les canalisations d’eau qui gelaient ; les bottes de 280 kg à rouler et soulever à la main tous les deux jours sur parfois plus de 100m. Il m’est arrivée cet hiver de me faire vraiment mal au dos au point de ne même plus pouvoir lever même légèrement mes jambes, ne serait ce que pour monter une marche ; mon fils a eu une douleur fulgurante au niveau du dos au point qu’il avait mal en respirant durant près d’un mois. Pourtant même avec cela il a fallu faire le travail, qui aurait pu nous remplacer ne serait que quelques jours ?

J’ai comme dans le pressentiment que l’hiver 2010 ne sera guère mieux que celui passé par le froid et peut être sa durée ; il suffit de regarder le temps que nous avons en ce moment pour comprendre. De toutes façon, tant que nous pourrons tenir, nous ferons notre possible ; mais sans un tracteur qui reste absolument indispensable pour porter de l’eau, des bottes de fourrage, broyer les orties et les chardons etc.… Je ne vois pas vraiment d’issue favorable.

Il y a ce toit de bâtiment à réparer, ne serait-ce qu’avec une bâche s’il n’y a pas d’autres solutions ; l’essentiel reste de couper le froid qui s’y engouffre, de stoker hors de l’eau le fourrage et d’éviter qu’il ne s’effondre en cas de fort vent sur la bergerie annexe où vivent près de 200 brebis, ce qui serait un drame… Une petite cabane en bois pouvant abriter les deux chevaux pour lesquels je suis extrêmement limitée en place en hiver ; je voudrais qu’ils puissent s’y abriter et être enfin au chaud.

par Julie

Mots-clés : 


Vos commentaires

  • interview de Dominique Mauer, propriétaire du refuge Le Domaine des Douages

    Magnifique photo ! Bravo pour cette fabuleuse initiative.

    3 juillet 2010 22:55, par Francesca