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Comment les chimpanzés réagissent-ils face à la mort ?

27 avril 2010

Tristesse, deuil, douleur… sont des mots qu’on associe généralement à la perte d’un être cher. Des notions qu’on croyait jusqu’ici relatives aux seuls êtres humains mais qui pourraient bien, si l’on en croit une vidéo tournée au moment de la mort d’un chimpanzé en captivité, s’adresser également à nos frères primates.

Pansy, une femelle chimpanzé britannique, est décédée en 2008 mais ce n’est qu’en début de semaine que cette surprenante vidéo a été rendue publique par les scientifiques en charge de cette étude. On y voit Pansy, âgée d’une cinquantaine d’années, mourir dans son enclos entourée de ses congénères. Peu avant sa mort, ses compagnons l’entourent et la caressent alors qu’elle est allongée dans une sorte de nid fabriqué par un des singes qui partageait sa cage. Alors qu’elle cesse définitivement de bouger, certains lui tournent autour, inspectent son visage et la secouent légèrement. « C’est difficile d’éviter de penser qu’ils cherchent des signes de vie », admet Jim Anderson, expert en relations sociales chez les primates non-humains. Et lorsque tous les chimpanzés s’on vont, l’un d’entre eux reste avec elle et lui tient la main durant un moment ; plus tard c’est sa fille qui la rejoindra, tentera de dormir avec elle tout en restant visiblement perturbée :

« Certains de ces comportements n’ont jamais été vus chez des chimpanzés auparavant », poursuit Anderson. « Cela nous amène à nous poser des questions au sujet des origines évolutionnistes de nos propres réactions face à la mort et face à la disparition d’un membre de notre propre groupe ou de notre propre famille. Beaucoup de nos plus grandes questions philosophiques concernent la mort et la manière dont nous la percevons et la gérons ».

C’est en tout cas une attitude plutôt rare parmi les chimpanzés qui ne montrent habituellement pas, contrairement à d’autres grands singes, de signes d’empathie et de conscience de soi, deux caractéristiques indissociables d’une réaction émotionnelle face à la mort. Pour Anderson, cette vidéo est importante car elle mènera sans doute à repenser la gestion de la mort d’un animal dans le cadre d’animaux vivant en captivité. En effet, les singes mourants sont généralement retirés de leur cage mais « dans certains cas au moins, il serait peut-être mieux pour tous les individus concernés que l’animal puisse mourir dans le confort d’un entourage familial », explique-t-il.

Pour Dora Biro, chercheuse à l’Université d’Oxford, ce n’est guère étonnant. Elle a en effet dans le cadre de ses recherches été témoin du lien très fort qui unissait dans la nature les mères chimpanzés à leurs petits ; après la mort de plusieurs d’entre eux, les mères ont en effet continué de s’occuper d’eux comme s’ils étaient encore vivants, transportant leur corps momifié durant leurs déplacements avant de s’en séparer progressivement. « Les chimpanzés sont les plus proches des humains en terme d’évolution, et ils ont déjà montré qu’ils nous ressemblaient dans un grand nombre de fonctions cognitives », explique Dora Biro. « Ils compatissent, possèdent un sens de la justice et peuvent coopérer pour atteindre des buts. La manière dont ils perçoivent la mort est une question fascinante (…) Nos observations confirment l’existence d’un lien extrêmement fort entre les mères et leur progéniture qui peut persister même après la mort de l’enfant ».

Depuis 1994, le projet GAP (« Great Ape Project » ou « Projet Grand Singe ») fondé par Paola Cavalieri et Peter Singer milite pour que les grands singes (chimpanzés, gorilles, bonobos et orangs-outans) bénéficient à leur tour de droits inaliénables tels que le droit à la vie, à la liberté et le droit de ne pas être torturés. Saviez-vous que les grands singes et les hommes étaient si proches génétiquement parlant qu’un homme pouvait donner son sang à un singe, et vice versa ?

(Source : Guardian.co.uk) (Image : flickr)

par Aurélie Barthly-Desjardins

Mots-clés :  singe étude chimpanzé empathie