VegMag : Votre compagnon et vous-même êtes végétaliens. La question du régime alimentaire de votre enfant s’est-elle posée ou le choix s’est-il imposé de lui-même ?
Agathe : Mon compagnon et moi sommes végétaliens depuis 3 ans. Pour nous, une vie végane semble couler de source. Quand nous avons parlé de bébé aussi. La grossesse se déroulerait de manière végane. Par contre, nous nous posions beaucoup de questions pour la diversification de notre premier enfant. Nous commencions le végétalisme, et je n’étais pas sûre que ce soit faisable dès la petite enfance, et dans cette société pas vraiment végane. Je me suis beaucoup informée, difficilement à cette époque, sur Internet, en discutant avec des mamans de bébés végétaliens et végétariens sur des forums. Petit à petit (heureusement qu’une grossesse dure 9 mois !) je me suis sentie plus confiante, mais je gardais une petite peur (on est quand même bien marqués par notre société…) au sujet du calcium, les protéines ne me posaient pas de soucis. On s’est aussi beaucoup questionnés sur le vécu des enfants végétariens et végétaliens, s’ils le vivaient bien, s’ils ne se sentaient pas trop différents ou mis à l’écart. Je me pose encore les questions de la différence, si cela va être dur à certains âges pour ma fille, mais je ne doute pas de notre choix du véganisme pour elle aussi. Enceinte du deuxième, je n’ai d’ailleurs aucun doute sur ma grossesse et la diversification végane de ce deuxième enfant.
VM : Où avez-vous trouvé les informations dont vous aviez besoin ?
A. : J’ai trouvé les informations essentiellement par les témoignages de parents de bébés et d’enfants végétaliens, sur des forums et lors de rencontres. J’ai aussi trouvé des informations sur le site de l’Association Végétarienne de France. Leur idées de menus et d’aliments à donner m’ont beaucoup aidée. On peut aussi trouver des vidéos et des informations sur les familles véganes américaines, qui montrent tellement bien que c’est possible !
VM : Avez-vous senti que le corps médical était réticent face à ce choix ?
A. : Pour ma grossesse, j’ai été suivie avant par un gynécologue, l’attente devenant longue pour avoir notre petite végane,. Il n’en avait rien à faire ! Pour lui, le végétalisme ne pouvait pas amener de problème de fécondité. Puis, pour la grossesse, j’ai vu des gynécos et des sages-femmes. On m’a dosé le fer et la vitamine B12. Ils tiquaient un peu à l’annonce du végétalisme (pour les produits laitiers), mais sans plus. Une sage-femme me demandait à chaque fois si je mangeais équilibré, elle insistait. Après lui avoir demandé si elle faisait pareil pour les dames omnivores qui pourraient ne manger que des pâtes et de la viande, elle a arrêté !
VM : Comment s’est déroulée la diversification de votre bébé ?
A. : Ma fille a été allaitée en allaitement exclusif à la demande jusqu’à ses 6 mois. Nous avons commencé la diversification par des purées de légumes et de fruits. Au début, le schéma est pareil quel que soit le régime alimentaire. Puis nous avons introduit les yaourts, desserts de soja ou de riz, les purées d’oléagineux, les céréales, etc. Pour les protéines, nous avons attendu un peu plus que pour l’introduction de la viande, car les légumineux sont quand même lourds à digérer. Depuis, elle adore tous les légumineux. La diversification complète n’a eu lieu qu’à 13 mois pour notre fille, car il a fallu régler un soucis d’allergie. Mais finalement, les craintes se sont dissipées, voyant qu’elle aimait tout ce qu’on lui proposait de végétalien.
VM : Donnez-vous des suppléments à votre fille ?
A. : Pendant la grossesse, j’ai pris des vitamines pour femmes enceintes, contenant la vitamine B12 et B9. J’ai pris du fer à la fin car j’en manquais, puis pendant l’allaitement, j’ai continué quelques temps les vitamines, le fer et du calcium en plus (avec ma grosse crainte du manque de calcium). Elle a eu de la vitamine D, et de la vitamine K que les médecins donnent à tous les bébés (végétaliens ou pas). Tant que l’allaitement dure, c’est moi qui me complémente s’il faut. Il va falloir que je trouve de la vitamine B12 pour elle (la VEG1 contenant de la dextrose, elle ne peut pas en consommer car intolérante au gluten). Pour ses céréales du matin, je lui prends du lait enrichi en calcium, c’est tout.
VM : Auriez-vous un mot, conseil à donner pour les futurs parents végés qui hésitent encore pour diverses raisons ?
A. : De tenir bon ! Si le choix du végétalisme est fait pour votre futur enfant, il faut tenir bon, tenir tête face au corps médical mais surtout à l’entourage ! Nous avons eu beaucoup de craintes de nos familles, mais en montrant des documents, en se montrant sûrs et connaisseurs, ils s’y sont faits. Pour les médecins, idem, le tout est de montrer qu’on ne fait pas n’importe quoi. Face à certains médecins, si l’on se montre incertains ils ont tôt fait de tout retourner et on en sort démunis, se mettant à douter du bien être de notre bébé…. alors qu’une grossesse végétalienne et une enfance végétalienne sont tout à fait possibles. Malheureusement, un bébé fatigue, surtout un premier, on ne sait pas plus que les autres parents s’en occuper, et on se met à douter. C’est pour ça qu’il est important de bien s’informer avant, de bien avoir des idées, des recettes, des moyens de mettre en place l’alimentation de son bébé. Car pour une famille végane, il s’agit bien du combat de l’alimentation (face aux médecins, la famille, la crèche, etc.). _ Même s’il est difficile de trouver des chaussures sans cuir, il n’est pas très dur de trouver des produits non testés pour bébé. Par contre, pour nous, il était aussi hors de question d’être trop sévères, ou anéantis si notre fille mangeait par erreur végétaRien. C’est arrivé une ou deux fois, pas par choix, mais je pense qu’il faut garder en tête que cela peut arriver, et que ce n’est pas la faute de l’enfant, ni forcément celle des autres.
VM : Avez-vous déjà réfléchi à la manière dont vous expliquerez à votre fille son régime alimentaire lorsqu’elle sera en âge de comprendre ?
A. : J’y ai réfléchi plus ou moins, car je me rends compte depuis que ma fille est née que les plans, les idées qu’on avait changent beaucoup ! Je pense que ça va grandir avec elle, au début, peut-être juste sur le thème « les animaux sont nos amis, on ne mange pas ses amis », lui montrer nos animaux, faire le lien. Puis approfondir en grandissant. Enfin, je ne pense pas lui montrer Earthlings* à 3 ans ! Ça pourrait commencer par des comptines, des histoires, et puis je pense qu’elle posera des questions, forcément un jour elle me demandera pourquoi elle ne peut pas manger ce qu’il y a dans l’assiette des autres.
* Documentaire sur les conditions de vie des animaux exploités par l’homme, aux images très dures.














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